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Socialistes et écologistes : les chocs culturels d’une alliance

Article paru dans le dernier numéro de février de la revue Esprit:

À la mi-novembre 2011, le parti socialiste et Europe Écologie-les Verts signaient un accord de mandature pour 2012-2017. Cet accord a marqué un moment important de la précampagne et est appelé, en cas de victoire de la gauche, à orienter les choix politiques d’une présidence d’alternance. Aussi les difficultés de son élaboration comme les critiques qui ont accueilli sa présentation permettent-elles de saisir le moment politique dans lequel nous sommes et les difficultés des deux grandes sensibilités de gauche à formuler des projets communs, alors même que la crise sociale, économique et environnementale actuelle appelle une rencontre et une reformulation des cultures politiques propres à chacune de ces sensibilités. Membre de la délégation d’Europe Écologie-les Verts sur la partie programmatique de l’accord dès avril 2011, ancienne socialiste, j’ai souhaité livrer à chaud quelques réflexions sur cet accord, non pour en donner une interprétation « faisant foi » mais afin de m’interroger sur la perspective qu’ouvre ce processus et le sens à donner aux nombreuses réactions qu’il a suscitées.

Un accord législatif en période présidentielle

Des accords entre socialistes et écologistes, il y en a déjà eu dans le passé. Mais le contexte de crise change la donne et le calendrier électoral impose des choix. En effet, les résultats électoraux des écologistes sont en nette progression depuis 2009 et le lancement d’Europe Écologie. En l’absence d’une évolution du mode de scrutin, cette progression ne pouvait cependant se poursuivre pour les élections législatives. Quant à l’élection présidentielle, elle leur a toujours été défavorable. C’est donc un cycle électoral plutôt négatif qui attendait les écologistes sans une alliance avec les socialistes. L’intérêt des socialistes à nouer un accord, pour être moins immédiatement perceptible, n’en était pas moins réel : l’alliance par anticipation donnait à voir les contours d’une nouvelle majorité, co-responsable dans les décisions difficiles (ce n’est pas un hasard si l’accord prévoit la solidarité sur le budget et le financement de la Sécurité sociale). D’avril à novembre 2011, deux négociations se sont tenues en parallèle. L’une sur le contenu de ce que pourrait être cet accord de mandature, l’autre de nature électorale, avec la volonté pour les écologistes de pouvoir constituer a minima en 2012 un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale avec un objectif affiché de trente à quarante députés.

Sur le plan programmatique, des groupes de travail composés à parité de socialistes et d’écologistes ont débattu sur les principaux thèmes de cette négociation : énergie et infrastructures, économie et questions sociales, institutions et réforme de l’État et des collectivités locales, éducation et culture, questions relatives au lien social (dont l’immigration et la santé), questions internationales et de défense. L’Europe, souvent évoquée, a été traitée simultanément dans les groupes sur l’économie et les institutions. Les groupes ont travaillé de manière classique sur la définition d’un diagnostic, l’élaboration de propositions et l’identification des points difficiles relevant d’un arbitrage politique. Sans surprise, ceux-ci portaient essentiellement sur l’énergie (arrêt du nucléaire) et les institutions (introduction de la proportionnelle pour les élections législatives). Des différences d’approche ont été perceptibles sur l’éducation, sur la présidentialisation du régime, sur l’immigration. Mais elles n’ont jamais conduit à remettre en cause des valeurs et un diagnostic communs sur la situation économique et sociale de la France.

À peine conclu, l’accord suscitait déceptions, indignation et remous. L’AFP titrait sur un texte a minima. Mediapart révélait que les socialistes, craignant des difficultés sociales insurmontables pour la reconversion de la filière, avaient retiré sans en faire part aux écologistes un paragraphe sur le combustible MOX. Une véritable campagne de la presse conservatrice se déclenchait sur le thème de l’irresponsabilité de François Hollande et des socialistes, accusés d’avoir cédé aux « écolos dingos » en bradant le modèle industriel français et des centaines de milliers d’emplois. Jean-François Copé entamait une lecture minutieuse de l’accord, sommant point par point François Hollande et les socialistes de marquer leurs distances par rapport au texte et de reconnaître qu’ils s’étaient laissés aller à des alliances d’appareil. Chez les écologistes, même si l’accord était adopté à une large majorité par les instances du parti, certains militants faisaient part de leur désappointement devant un texte qui, à leurs yeux, tournait le dos au projet écologiste pour quelques circonscriptions. Eva Joly elle-même avouait son malaise. Enfin, côté socialiste, des voix s’élevaient contre l’accord électoral, et la montée de François Bayrou dans les sondages conduisait à s’interroger sur le bien-fondé d’une alliance qui, dans ces conditions, ne constituait pas un atout évident pour les présidentielles.

Une rencontre contre-nature ?

Cet accord peut-il introduire une logique d’alliance durable entre socialistes et écologistes ? À l’évidence, le contexte de crise économique et financière a joué un rôle important dans le scepticisme qui a accueilli le texte. Alors que chaque proposition avancée par un candidat à la présidentielle est immédiatement questionnée sous l’angle du « comment faire sans creuser le déficit des finances publiques ? », cette esquisse d’un programme de mandature plus de six mois avant les législatives n’a pas été complètement prise au sérieux. Trop d’ambition est vite lue aujourd’hui comme suspecte, ou au mieux comme une abstraction, un exercice de prospective irréel… Pourquoi associer aussi étroitement programme et accord électoral si ce n’est pour habiller la distribution des places ? Cette vision cynique traduit aussi les grands stéréotypes de notre théâtre politique : le contenu n’y est qu’un décor, les mots sonnent creux avant même d’être écrits, etc. Mais n’est-ce pas faire là un procès d’intention à une initiative qui assume de vraies ambitions ? Alors que la gauche s’est vue si souvent accusée de ne pas être vraiment différente de la droite lorsqu’elle est aux affaires, ce texte, qui choisit d’aborder à la fois la question des valeurs et celle de la mise en oeuvre concrète d’un projet de gauche, prend justement le risque d’entrer dans le réel.

Nombre de réactions défavorables s’expliquent également par la contradiction entre une logique parlementaire, celle de l’accord, et une logique présidentielle, celle que revêt de plus en plus la pratique de la Ve République. L’inversion du calendrier électoral, alors que les mandats présidentiel et législatif ont la même durée, a accentué cette présidentialisation. La pratique sarkozyste en a également été un élément essentiel. Mais surtout, les primaires citoyennes, en mobilisant trois millions d’électeurs, ont introduit un facteur inédit de présidentialisation à gauche. Le calendrier a aussi participé au malentendu. Conclu quelques mois plus tôt, à l’été 2011, l’accord aurait reçu un accueil plus favorable. Mais aurait-il alors pu être approuvé par les deux partis, compte tenu de l’importance des sujets alors encore « laissés entre crochets » (notamment le nucléaire) ? Et si à l’inverse, il l’avait été plus tard, juste après les présidentielles ? La démarche pouvait sembler plus logique, mais elle aurait difficilement pu s’adosser à un accord électoral de même portée puisque c’est dès la fin de l’année 2011 que les partis désignaient leurs candidats aux législatives. Or, le principe de co-responsabilité au pouvoir défini par l’accord supposait une représentation significative des écologistes à l’Assemblée nationale.

Il était sans doute inévitable que logique parlementaire et logique présidentielle entrent en conflit, compte tenu de ce calendrier. L’un des intérêts qu’on peut y voir est que l’interrogation, qui reste forte au sein de la gauche, sur la présidentialisation issue des primaires, et l’articulation à organiser entre projet et incarnation personnelle, y a trouvé une expression concrète. À cette contradiction entre logique présidentielle et parlementaire s’est ajoutée l’absence de véritable culture du pouvoir commune au niveau national entre écologistes et socialistes. Certes, Dominique Voynet, Yves Cochet et Guy Hascöet ont participé aux gouvernements de gauche plurielle, certes un accord avait été conclu par Lionel Jospin avec les écologistes en 1997. Il reste qu’en l’absence d’adossement à un groupe parlementaire, cette participation ne pouvait prendre la forme d’une véritable alliance, comme celles qui ont pu exister en Allemagne. En 1981, l’Union de la gauche entre le PS et le PC a notamment reposé sur l’existence d’un groupe parlementaire communiste distinct. Pour les écologistes et les socialistes, l’accord préfigure donc une situation politique inédite, que chacun des deux partenaires a peiné à expliquer auprès de ses militants et vis-à-vis de l’opinion publique. Cette difficulté à assumer totalement l’accord tient sans doute au fait que la victoire législative dépendra en grande partie de l’élection présidentielle et qu’il convient de rester prudent compte tenu des déceptions que les élections nationales ont réservées à la gauche depuis dix ans. Dans cette situation d’espoir et d’angoisses mêlés, la question du rôle du mode de scrutin (absence de proportionnelle) et de la bipolarisation qui l’accompagne a été peu évoquée. Pourtant, l’une des dispositions fortes de l’accord entre socialistes et écologistes est bien l’introduction d’une dose substantielle de proportionnelle aux élections législatives qui modifiera le panorama de la représentation nationale.

Le « cadeau électoral » fait aux écologistes n’est que prémisse à de nouvelles règles du jeu qui ne peuvent que favoriser le jeu des alliances à gauche comme à droite. Le rapprochement des cultures socialiste et écologiste reste aussi à faire. Les mois de travail en commun avant la conclusion de l’accord ont été utiles, mais souterrains. Ils n’ont, de plus, concerné que quelques dizaines de personnes et n’ont pu irriguer l’ensemble des deux mouvements. La création d’un pôle écologique au sein du parti socialiste, ou du courant Utopia commun aux socialistes, aux écologistes et au Parti de gauche, a montré la disponibilité de ce parti sur ces thèmes. Mais il reste à aller plus loin sur plusieurs sujets essentiels pour avancer dans une discussion approfondie et un projet commun aux deux familles politiques : en-dehors de la question énergétique, il faudrait réfléchir à la place à accorder à la croissance, à ce que recouvre la notion de progrès, aux liens entre innovation, recherche et industrie, à une stratégie commune d’aménagement des territoires ou, dans un autre registre, à la place de la France dans le monde.

La gestion des finances publiques et la place à accorder aux investissements de long terme sont aussi des questions essentielles. Pour les socialistes, des questions spécifiques se posent : avec l’arrivée des écologistes, comment traiter l’allié traditionnel, le parti communiste, même si la création du Front de gauche autour de Jean-Luc Mélenchon a fait évoluer la donne ? La dynamique écologique s’est créée en partie grâce à la porosité électorale avec le vote socialiste. C’est la première fois que les socialistes signent un accord commun avec une force montante, puisque dans les années 1970 le programme commun, qu’on pourrait être tenté de comparer à la situation actuelle, avait permis à l’inverse d’imposer progressivement une domination des socialistes sur les communistes et joué un rôle dans l’élection de François Mitterrand en 1981.

Un troisième type de critiques vis-à-vis de cet accord a émergé autour de l’idée d’une certaine forme d’incompatibilité entre le projet écologiste et le modèle français. C’est autour de cette idée que se sont organisées nombre des attaques de la droite, qu’il s’agisse de la défense de l’excellence nucléaire française ou du droit de veto français au Conseil de sécurité de l’ONU. Cette approche fait écho à la polémique qu’avait déclenchée la position critique d’Eva Joly sur le défilé du 14 Juillet. Au-delà de certaines outrances, ces positions éclairent sur la nécessité d’une clarification sur ce qu’on entend par conversion écologique de l’industrie, alors même que la perte d’emplois industriels en France est un sujet de préoccupation permanent depuis plusieurs décennies. Et ce d’autant plus que les champions industriels français qu’on identifie le plus facilement appartiennent au secteur énergétique, à l’automobile, l’aéronautique voire au secteur de l’armement, tous secteurs voués à la reconversion ou à la disparition par le nouveau modèle de développement que les écologistes appellent de leurs souhaits.

Est-ce à dire que la conversion écologique de l’économie française est impossible ? Certes non, mais on comprend bien qu’en période de fortes incertitudes économiques et sociales, les propositions écologistes doivent affronter davantage d’interrogations sur leur crédibilité, leur bienfondé et leur mise en oeuvre dans le temps. Les termes mêmes de conversion ou de reconversion renvoient implicitement à la reconversion de secteurs comme la sidérurgie et aux difficultés qui n’ont jamais été surmontées d’une reconversion des emplois et des territoires. La hausse du chômage et de la précarité rend l’élaboration d’une stratégie détaillée de passage à l’acte particulièrement nécessaire.

Mais c’est aussi en termes symboliques que la charge de la preuve est aujourd’hui du côté des écologistes s’ils veulent progresser dans le débat public et l’espace électoral. Plutôt que de récuser le modèle français auquel les Français sont très majoritairement attachés, sans doute convient-il d’imaginer ce que serait un modèle français écolo-compatible à l’horizon d’une génération, en s’attachant à l’ensemble des éléments qui caractérisent aujourd’hui ce modèle : éléments économiques et sociaux, institutionnels, et de présence européenne et internationale. Car au fond, les difficultés des écologistes à se faire reconnaître sur la scène politique française tiennent aussi à certains non-dits et certains impensés qui concernent l’ensemble des acteurs en présence : le modèle français est-il au moins en partie transposable à l’échelle européenne, qu’est-ce qu’une puissance internationale aujourd’hui, quelle force de projection et de représentation internationale peut être celle de la France dans le monde de demain, comment organiser une vision et une stratégie partagées du développement économique et social à l’échelle de la planète ? C’est, me semble-t-il, aux écologistes de porter les débats liés à ces interrogations pour que le modèle français cesse d’être fragilisé par les évolutions du monde et trouve un nouveau rayonnement hors de l’Hexagone.

Deux chemins s’ouvrent aujourd’hui aux écologistes et aux socialistes. Le premier est celui du maintien par chacun d’une identité politique et programmatique dont les derniers épisodes liés à l’élection présidentielle ont conduit à exacerber l’« incompatibilité ». Le second consisterait à structurer une alliance à partir d’un travail de fond sur les perspectives ouvertes au modèle économique et social français dans le monde de demain. En 1997, la création de la gauche plurielle avait esquissé un schéma d’alliance à gauche. Faute de reposer sur un exercice des responsabilités du pouvoir réellement équilibré entre les socialistes et leurs partenaires, elle n’avait pas permis de véritable rapprochement des familles politiques et des solutions. Les perspectives sont aujourd’hui différentes : la nécessité de penser dans un même mouvement des propositions économiques, sociales et écologiques a beaucoup progressé, comme celle de penser les politiques publiques au-delà du court terme. Il reste que l’ampleur de la crise et les pesanteurs d’une certaine sociologie du pouvoir représentent deux obstacles essentiels à une nouvelle alliance entre socialistes et écologistes. Pour se concrétiser, celle-ci suppose que les socialistes en assument plus nettement encore la démarche, et que les écologistes s’engagent avec clarté dans des compromis. Enfin, cette alliance peut-elle faire durablement l’impasse sur le reste de la gauche ?

Pourquoi je suis opposée au recours à l’égard de la loi pénalisant le génocide arménien

Le 23 janvier dernier, le Sénat adoptait une loi pénalisant la négation du génocide arménien. Quelques jours plus tard, cette loi était déférée au Conseil constitutionnel. Nicolas Sarkozy déclarait alors qu’un nouveau projet de loi serait déposé s’il y avait annulation. Depuis des semaines, des manifestations pour et contre la loi se sont succédées témoignant de la sensibilité et des enjeux d’actualité autour d’un génocide qui s’est pourtant produit en 1915.

Depuis plusieurs années, je me suis engagée aux côtés des Arméniens de France sur la nécessité de faire progresser la reconnaissance du génocide par le gouvernement turc. Je crois que cette loi pouvait avoir cette vertu, alors même que certains Arméniens vivant en France sont confrontés au négationnisme ordinaire. Dans le refus de la loi qui s’est exprimé avec force du côté du gouvernement turc, c’est le déni qui s’est une fois de plus manifesté. Avec des débats autour d’une vraie contradiction: certes le génocide s’est déroulé en Turquie mais le génocide est par nature un événement universel.

Le groupe Europe écologie les verts du Sénat a choisi de voter contre cette loi ( ce n’est pas la position qui avait été adoptée par  les députes EELV).

Je n’avais pas pris de position publique, souhaitant respecter une forme de réserve. Mais plusieurs sénateurs EELV se sont ensuite associés au recours en inconstitutionnalité. Cette fois j’estime nécessaire de faire part de mon désaccord pour trois raisons essentielles:

- je ne crois pas que la politique ne doive pas se mêler d’histoire. Il peut selon moi y avoir des lois mémorielles, s’il est parfaitement clair que la loi ne se substitue pas à la recherche. Le droit, la politique et l’histoire ont des liens forts. Autant il est indispensable que les recherches historiques progressent et fassent la lumière sur les événements, particulièrement les plus sensibles et douloureux, autant s’imaginer qu’on puisse séparer histoire et politique est un leurre! Que près d’un siècle après ce génocide, on en soit encore à affirmer qu’il convient de mener des recherches montre bien qu’une chape de plomb politique pèse sur ce sujet;

- l’argument sur l’électoralisme de cette loi est compréhensible mais fait peser sur les Arméniens une culpabilité qu’ils n’ont pas à assumer. Que droite et gauche choisissent de faire passer cette loi juste avant des échéances électorales, quitte à brouiller tout message et à prendre les Arméniens en otage est une erreur. Cela ne remet pas en cause la gravité des faits et du négationnisme;

- le résultat de cette confusion pourrait être de créer un risque de guerre des mémoires et de nouvelles divisions entre Français et personnes habitant sur notre sol. Ainsi le gouvernement turc a commencé d’affirmer que cette loi était anti-musulmane.

Attention aux amalgames, sachons conserver à l’esprit que le génocide est un événement de portée universelle dont la reconnaissance n’a rien à voir avec un choix fait en faveur des chrétiens comme le suggère cette argumentation.

La Pluie d’été – Marguerite Duras

La pluie d’été de Marguerite Duras mis en scène par Emmanuel Daumas au théâtre du Vieux colombier (Comedie Francaise)

On connait Marguerite Duras par ses premières œuvres (“Un barrage contre le pacifique”, “Hiroshima mon amour”). On la connait moins sur ce dernier roman “la pluie d’été” qui évoque les banlieues, à travers l’exemple de Vitry sur Seine, mais aussi des sujets comme ceux du prolétariat, ou de l’immigration. Et aussi les thèmes chers à Duras de la maternité, de l’étrangeté et de l’aspiration à l’ailleurs. Lire la suite ‘La Pluie d’été – Marguerite Duras’

Culture et sports pour tous

Nous voulons au contraire favoriser les cultures et les sports pour tous sur l’ensemble du territoire.

Proposition 76 : soutenir Lire la suite ‘Culture et sports pour tous’

7 mars 2011 – J’ai signé le pacte du logiciel libre

Vous le trouverez ici.

Cette signature est conforme au programme départementale porté par l’ensemble des candidats Europe Écologie-Les Verts des Hauts-de-Seine. La proposition 88 du programme propose en effet:

“Pour une meilleure utilisation des fonds publics, soutenir l’usage des logiciels libres pour les applications informatiques départementales, notamment dans les collèges. Proposer les ordinateurs réformés aux associations du département.”

Samedi 5 mars à Issy-les-Moulineaux

5mars à Issy, Que seront nos villes demain?
Issy-Est, Lucile Schmid invite Alain Fleischer, Olivier Mongin, Emmanuelle Cosse et Vincent Gazeilles

Cantonales d’Issy – Contexte et orientation

En 2008, dans Parité Circus, je revenais sur l’orientation que j’avais voulu donner à ma campagne législative de 2007.

L’orientation de ma campagne était sans ambiguïté: à l’opposé du positionnement d’André Santini. Mon programme, c’était le non-cumul intégral des mandats si j’étais élue députée, en insistant sur le renouvellement générationnel et l’accès des femmes aux responsabilités, l’accent mis sur mes compétences en matière de réforme de l’Etat et de finances publiques, d’immigration et de diversité. Comme à chaque campagne, certaines bonnes âmes me conseillèrent de ne pas dire que j’étais énarque et de dissimuler au mieux que mon port d’attache était au ministère des Finances. Comme chaque fois, je décidais d’assumer cette identité professionnelle. Je ne me suis tout de même pas forcée à faire l’ENA, avec une bourse et en y consacrant de longues années moroses de ma jeunesse, pour en avoir honte ensuite!

Je souhaite revenir sur le sens de ma candidature aux cantonales à Issy face au candidat UMP sortant Paul Subrini.

Après la fusion d’Europe écologie et des Verts à Lyon ce week-end et la création d’un nouveau mouvement de l’écologie politique deux messages ressortent :

     

  • la volonté de créer un mouvement dont le projet et l’identité politique soient selon les mots de Daniel Cohn Bendit contre les inégalités sociales, « au delà de la gauche » et ancré dans l’antisarkozysme ;
  • l’obligation d’ouvrir le monde politique à la société, de le « déprofessionnaliser » et de le rendre plus exemplaire (non cumul…).

Dans ce contexte, quel est l’enjeu de ces élections cantonales pour les candidats de notre mouvement? Que signifie pour moi être candidate Europe écologie-les verts sur le canton d’Issy Est ?

Ne nous trompons pas d’abord d’échelle. Il s’agit bien d’élire les conseillers généraux au niveau du département des Hauts de Seine, et non de faire un galop d’essai municipal. Il s’agit aussi de la dernière élection cantonale avant la réforme territoriale qui fusionnera les mandats de conseiller régional et de conseiller général. L’échelle territoriale à venir est celle d’un territoire où les décisions auront une portée nationale, voire européenne, surtout en Ile de France, surtout dans le département des Hauts de Seine dont le PIB est égal à celui de la Belgique.

Pour l’identité politique, nous devons donner chair à un positionnement qui ne doit surtout pas être le « ni, ni ». C’est en le déclinant en projet alternatif au projet départemental de l’actuelle majorité des Hauts de Seine que nous pourrons convaincre. Comme Eva Joly a pu le faire sur le budget et la fiscalité au niveau national, prenons le risque de proposer d’autres politiques pour notre département. Qu’il s’agisse du contenu (lutte contre les inégalités sociales et territoriales, transports, aménagement du territoire, équipement scolaire et logement…) ou de la méthode (démocratie, économie, débat politique…) nous pouvons faire autrement, et mieux. Nous devons faire une proposition ambitieuse et qui porte sur l’ensemble des sujets d’intervention du département. L’écologie politique est une pensée de la société, elle est une pensée de gouvernement, elle doit être visionnaire et gestionnaire;

L’ouverture du monde politique à d’autres profils que les profils traditionnels de ceux entrés en politique jeunes et qui par le jeu du cumul des mandats y restent leur vie durant, est souhaitée par de nombreux citoyens… Cette « déprofessionnalisation » est aussi la meilleure manière de faire changer le système. Lors de ma première campagne aux législatives à Issy en 2002 j’avais été « reprise » par un électeur après avoir parlé du « métier » de député. C’est vrai, aucun mandat n’est un métier. Mais beaucoup en font leur métier. Alors assumons d’avoir une profession (j’ai personnellement toujours choisi de concilier activité professionnelle et engagement) une famille et des amis, et de penser pouvoir être un élu sérieux et compétent. Ce serait déjà un programme révolutionnaire. Car aujourd’hui être élu c’est trop souvent d’abord faire de la présence, obéir aux pratiques d’appareil et attendre son tour. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour moi de faire de la morale mais d’affirmer clairement que trois questions préalables se posent pour un élu: au service de quel projet, pour quoi faire et avec quelles méthodes démocratiques ?

C’est dans l’une des lignes force de l’identité d’Europe écologie-les verts que se trouve la réponse: passer d’une culture de la soumission à une culture de l’émancipation.

Roaratorio de Merce Cunningham

L’année dernière Merce Cunningham grand chorégraphe et grand danseur disparaissait. Il y a quelques jours le Théâtre de la ville donnait deux programmes reprenant ces œuvres dansées par la Merce Cunningham dance company. J’ai eu le bonheur d’assister à Roaratorio dont le point de départ est Finnegan’s Wake l’œuvre de James Joyce. La danse se déroule sur une œuvre musicale originale du compositeur John Cage.

Nous sommes emportés par le mouvement des corps, leur beauté, leur audace, leur agilité, leur capacité à danser collectivement. L’ombre du chorégraphe plane sur cette scène, ; cette tournée est celle que Merce Cunningham avait prévu dans son testament artistique, ultime hommage à un demi siècle de création, d’expressivité et d’épanouissement de la danse contemporaine.

Ces danseurs seront bientôt rendus à leur liberté, forts de leur savoir faire, de leur beauté, de leur rayonnement. Et ils continueront à incarner cette interrogation en forme d’appel de Merce Cunningham :

comment préserver la nécessité de rester ouvert devant une situation et ne pas décider à l’avance tout ce que vous êtes susceptible de faire ?

Rester ouvert au monde, ne pas se laisser aveugler par les contraintes, les impératifs, les urgences … c’est un luxe mais aussi un choix spirituel…. et politique ?

Le chaînon manquant de la gauche

Retrouvez ma tribune du 25 juin 2010 parue dans le quotidien libération.

Comment imaginer un projet de gauche en période de crise profonde et de déficits publics, alors que les défis écologiques impliquent de modifier nos manières de produire et de penser le progrès ? C’est aujourd’hui le dilemme de la gauche de gouvernement. La question s’était déjà posée, sans être résolue, en 1983, au tournant de la rigueur. La recherche d’un nouveau modèle économique la rend plus aiguë et crée une nouvelle fois un écart entre vision et raison. C’est ce que reflète le projet politique mis sur la table par Pierre Moscovici au nom du Parti socialiste. S’il reconnaît la nécessité de passer à une autre vision, en intégrant l’écologie… il n’en décrit pas la réalisation. L’avenir apparaît si sombre qu’on n’ose le peindre en rose. Le projet national va-t-il se réduire à la conservation du triple A ?

Lire la suite sur le site de libération

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Europe écologie : le retour en force des idées et d’une vision en politique

article publié sur europe-ecologie.fr

J’ai décidé de rejoindre Europe écologie, en choisissant de démissionner de mes responsabilités au Laboratoire des idées du parti socialiste, après 10 ans passés dans ce parti. Pour deux raisons : le sentiment que la place des idées et les processus démocratiques de décision ne pouvaient changer au PS sans pression extérieure et concurrence à gauche, la conviction qu’Europe écologie donnait d’emblée au projet et au lien avec la société une importance qui n’existe pas dans les structures politiques traditionnelles.

Je souhaite exprimer ici quelques convictions par rapport à ce projet et aux échéances politiques françaises, et en priorité celles de 2012.

Pour moi, le projet d’Europe écologie c’est le retour en force des idées et d’une vision en politique. C’est une question centrale pour la vitalité de notre démocratie que la droite et la gauche de gouvernement ont systématiquement négligée, ou instrumentalisée depuis des années.

La destruction du lien entre politique et pensée du monde est au cœur du sarkozysme. La mise en scène d’une relation avec des intellectuels n’est qu’un moyen parmi d’autres d’occuper l’espace nu du pouvoir. De leur côté, entre passages au pouvoir et opposition, les socialistes n’ont pas réussi à construire un projet et une attitude cohérente. Quant à leur vision du monde, elle reste défensive, embarrassée par la difficulté à concevoir concrètement un modèle de transformation économique et sociale dans la mondialisation. Du coup, l’immédiateté et l’agitation tiennent lieu de temps politique pour l’ensemble des acteurs concernés (opposition, médias). La soi disant ouverture, qui se réduit à une séduction des hommes par l’ambition personnelle, a brouillé les repères ; les mots politiques n’ont plus de sens, annoncent ou cachent des politiques réactionnaires à droite, sont des slogans sans portée concrète à gauche. Le premier acte d’autonomie politique pour Europe écologie c’est de refuser ce raccourcissement du temps et cette vision strictement « occupationnelle » du pouvoir. C’est aussi de refuser une alternance reposant sur la personnalisation et un leadership sans véritable contenu programmatique.

Pour cela Europe écologie doit s’atteler en priorité à définir, faire comprendre et mettre en actes dès aujourd’hui, partout où cela est possible (régions, Parlement européen, groupes de pression associatifs…) son programme de transformation écologique de l’économie et de la société.

Ce qui l’emporte aujourd’hui dans la société française c’est une pensée segmentée, partielle de l’écologie. L’imaginaire politique fonctionne encore en donnant aux socialistes un droit de propriété intellectuelle sur le social -les inégalités, la question de l’emploi, la santé, les retraites-, certains sujets économiques – la reconversion industrielle, les finances publiques- et la gestion des territoires – les transports, une partie de l’éducation, la formation professionnelle et le développement économique. Cette idée reçue doit disparaître. Pour Europe écologie l’enjeu est double : 1) faire entendre que l’écologie est un projet global, 2) imaginer et organiser le passage à l’acte d’un changement de modèle.

Le mouvement des idées en France a traditionnellement plutôt mis l’accent sur les ruptures historiques que sur les transitions. Celles-ci ne sont souvent apparues et n’ont été interprétées qu’a posteriori. Il s’agit ici, au contraire, de les penser a priori dans l’ensemble de leurs composantes (savoirs, production, contenu de la croissance, urbanisme, relations entre le Nord et le Sud, rôle des acteurs publics/privés) et de commencer à les organiser en liant le temps long de la transformation avec celui de son passage à l’acte, celui de l’action politiqe.

Europe écologie doit être une utopie concrète, une utopie en actes, où l’exercice des responsabilités politiques se conjugue avec l’exemplarité des comportements et la curiosité du monde.

Lucile Schmid

Philanthropie d’entreprise

On parle beaucoup depuis quelques mois de mécénat, de philanthropie d’entreprise, questions qui constituent mon quotidien professionnel.

Cela dans un contexte particulier : d’abord celui d’un désengagement de l’Etat qui tient aux options de la droite au pouvoir et à la crise des finances publiques qui l’accompagne (c’est un peu l’oeuf et la poule) ensuite les réflexions autour de l’économie et notamment de la nécessité de la sortir du court termisme alimentées par la crise. En 2003 la loi Aillagon sur le mécénat d’entreprise a d’ailleurs instauré un régime fiscal très favorable pour ces activités (notamment 60% de déduction fiscale sur les impôts payés en France).

Un contexte a priori très favorable donc  à une évolution de l’engagement des entreprises en France vers des questions relevant de la cité : le social, la culture, le développement durable. Avec toutefois des interrogations (comme dans toute période de transition) qu’il faut affronter à mesure que ce mouvement se développe: Lire la suite ‘Philanthropie d’entreprise’

La Russie est-elle proche de nous ?

Cette semaine j’étais sur le pont professionnellement avec le lancement des Années croisées France/Russie 2010¹.

Le président russe Dimitri Medvedev était à Paris pendant 48 heures. Je retiens trois choses de sa visite : les interrogations sur la nature du pouvoir russe (ce président a-t-il du pouvoir par rapport à Vladimir Poutine son mentor, peut il donner au régime russe un tour plus libéral), les grands contrats économiques (on espère vendre des bateaux, on achète du gaz), et enfin la nature même de cette relation de la France avec la Russie, et au-delà de l’Europe avec la Russie. Sommes-nous proches, différents, irrémédiablement différents ? Cette Russie géographiquement si proche de l’Europe mais qui reste un mystère. En trois jours je n’ai jamais autant entendu de lieux communs sur l’âme slave, l’émotion, la force, la violence…

La Russie pousse à l’extrême des tensions et des contradictions qui existent toujours entre la realpolitique et les principes des droits de l’homme. Développer l’économie russe, les infrastructures, le système de santé, aura-t-il des effets sur la libéralisation politique? En d’autres temps, cette question avait été beaucoup posée à propos de la Chine. Aujourd’hui dans un pays où la crise économique a été particulièrement brutale l’urgence est pour des millions de Russes de conserver leur emploi, de donner un avenir à leurs enfants, de… tenir. Et la tentation existe pour ceux qui connaissent la Russie, y travaillent, y ont des attaches, de balayer d’un revers de main les interrogations sur les droits de l’homme, la démocratie etc.

Je pense que c’est une erreur. En effet comment imaginer avoir des relations dépourvues d’arrières pensées avec  un pays si important, en mettant entre parenthèses la question du pouvoir ? Il ne s’agit pas de faire la leçon. Tout simplement d’évoquer l’ensemble des questions qui fondent un Etat. La dimension politique on le sait y participe au premier chef.

L’ouverture des Années croisées c’est aussi celle de l’exposition Sainte Russie au Louvre sur 10 siècles d’art religieux russe. C’est une plongée dans un monde artistique qui là encore nous est largement inconnu mais dont la beauté, les attaches byzantines, les représentations iconographiques sont une découverte rare. Et on y voit –comme pour les œuvres de la même époque en France et dans le reste de l’Europe- combien la religion est liée à l’art de la guerre et plus largement du pouvoir. Un vrai point commun.

¹ http://www.culturesfrance.com/russie

Qu’est ce qu’être un Français?

Logo_MarianneCertains s’en rappellent peut-être. Qu’est-ce qu’être un Français est le titre d’un livre remarquable de Patrick Weil publié il y a quelques années qui revenait sur les conditions d’accès à la nationalité en France à travers notre histoire.

Dans le contexte assez nauséabond qui existe aujourd’hui sur cette question, j’ai eu envie de rappeler qu’il était nécessaire de rester dans un débat digne. Depuis quelques jours en effet polémique et faux débat se multiplient à propos de l’identité nationale. Eric Besson, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, la majorité au pouvoir interrogent les Français sur leur vision de l’identité nationale. Face à  cette démarche dont on sent bien qu’elle a été posée avec des arrières pensées –évidemment sur l’immigration, évidemment sur l’origine- les socialistes ont choisi de s’abstenir. Décision sage lorsque le débat part d’emblée sur la caricature.

Il reste que derrière le faux débat sur l’identité nationale, de vraies questions se posent. Lire la suite ‘Qu’est ce qu’être un Français?’

Rêver la politique, la vivre

ObamaBarack2Je lis « les Rêves de mon père » de Barack Obama, comme sans doute des millions de personnes l’ont lu à travers le monde. Déjà cette pensée m’est agréable. C’est comme si je ressentais la possibilité d’une société mondiale et non plus seulement d’une économie mondialisée. Je sens aussi que c’est Obama qui a vraiment raconté son histoire. Elle est peut-être simplifiée, enjolivée. Mais c’est lui et pas « un nègre » (je n’avais jamais réalisé avant de lire ce livre à quel point cette expression était obscène..) qui l’a écrit. Pour moi le récit se centre vraiment autour d’une chose. Il choisit de transformer le fait d’être un Noir en identité politique.  Pourtant il a peu connu son père qui est retourné au Kenya ; autour de lui les Noirs qui veulent réussir choisissent d’être du côté des Blancs. Mais aux rêves de son père se superpose au quotidien l’exemple de sa mère, son refus de s’installer dans un certain confort matériel et bien pensant. Alors il cesse d’être Barry pour devenir Barack Ce n’est pas son apparence physique qui lui fait choisir d’être Noir. C’est son dégoût de l’injustice. Et c’est sa mère qui lui a montré comment incarner les rêves de son père.

A quand une parité paritaire ?

Battons nous pour une parité des premiers rôles !

imagesLa loi sur la parité en politique a plusieurs années d’application. On connait le bilan : moins de 20% de femmes députées et sénateurs, très très peu de femmes présidentes de région et de départements, peu de femmes maires. Le nombre de femmes élues a fortement augmenté. Mais c’est une parité des seconds rôles. Comme d’ailleurs dans la vie économique. Combien de femmes dirigent des entreprises, quand le salaire des femmes égalera-t-il enfin celui des hommes ?

En politique la parité sur les scrutins de liste commence donc logiquement dans la très grande majorité des cas au numéro deux. Un homme, une femme, un homme, une femme etc…et non pas une femme, un homme, une femme, un homme…Cette vision de la parité a deux conséquences principales : la première est que symboliquement la politique reste le domaine des hommes, les femmes y sont par raccroc. On les voit moins, elles prennent moins de décision, parfois font un intérim. La deuxième est que cela peut entraîner un vrai différentiel entre le nombre d’élus hommes et le nombre d’élues femmes. Pour être élu il vaut mieux avoir le numéro 3 que le numéro 4 et ainsi de suite. Lire la suite ‘A quand une parité paritaire ?’

3 sept 2009 – témoignage chrétien – Entretien avec Alexis Kouteynikoff

Lucile Schmid est conseillère régionale socialiste d’Ile de France et vice-présidente du Laboratoire des idées, un groupe de travail sur la rénovation du projet socialiste. Entretien.

PS :“Il faut concilier solidarité et émancipation individuelle”

par Alexis Kouteynikoff

Quel est le rôle de ce Laboratoire des idées auquel vous appartenez?
Le Laboratoire des idées s’inscrit dans une réflexion sur la doctrine socialiste à moyen terme. Il s’agit d’abord de clarifier les enjeux, d’identifier la nature exacte de la crise économique et écologique que nous vivons. Et ensuite, de définir le nouveau modèle de société que nous voulons, de produire du contenu idéologique qui irriguera notre projet. J’insiste sur le terme « idéologie », parce qu’il ne faut pas en avoir peur, nous en manquons. Les militants nous le rappellent d’ailleurs souvent.

De quelle manière procédez-vous ?
Il s’agit, en tant que politiques, de faire le lien entre les intellectuels, desquels nous nous sommes rapprochés ces derniers temps, et ce que j’appelle les « experts du quotidien » : des gens de tous horizons, qui ont des choses à dire, des expérimentations à raconter, des innovations à partager, qu’ils soient employés, travailleurs sociaux ou artistes. Lire la suite ’3 sept 2009 – témoignage chrétien – Entretien avec Alexis Kouteynikoff’

Retour en Avignon

Pour joindre l’apostrophe à la réalité, j’ai profité de cette courte halte à Avignon pour aller assister à une trilogie théâtrale de l’auteur Jan Lauwers avec la Needcompany. Une trilogie qui s’appelle Sad face/Happy face. Trois pièces pour raconter toujours l’homme face à sa condition. Autour de l’histoire d’Isabella d’abord – la pièces s’appelle la chambre d’Isabella- dont la vie emprunte le chemin de tous les grands traumatismes du XXe siècle, qui pendant 60 ans rêvera d’aller en Afrique mais n’y restera que 6 heures 40 minutes, qui sera orpheline, amante, collectionneuse, saura écrire l’histoire de son point de vue et sera beaucoup plus libre à 90 ans qu’à 20. Les deux pièces suivantes, moins linéaires entremêlent les mêmes thèmes à des questions d‘actualité ultra sensibles : le clonage, la mort d’un jeune enfant, l’inhumanité de cette guerre européenne qu’a été le conflit du Kosovo, la fin du lien entre générations.

No_Comment_kAprès plus de 6 heures de spectacle j’étais complètement bouleversée. Surtout par la dernière pièce de la trilogie, « la maison des cerfs ». Elle décrit une famille tentant désespérément de se préserver de la guerre au Kosovo, rattrapée par cette violence venue d’ailleurs qui comme une gangrène se métamorphose en une violence meurtrière au sein même de la famille. Il n’y a pas d’issue individuelle à la violence. C’est une responsabilité collective que de lutter contre elle. L’horreur du monde se dévoile avec une cruauté sans nom dans ce texte magnifique qui évoque naturellement la tragédie grecque. Il ne s’agit plus de théâtre à proprement parler. Les chants, la danse, les changements de registre –notamment de langue puisque le spectacle se déroule en français, en anglais et en flamand- sont permanents. C’est une tragédie universelle, mondialisée dans toute la beauté de cette juxtaposition d’art et de culture. La langue française est enrichie par sa proximité avec l’anglais ou le flamand puisque chaque acteur jongle avec les trois comme il alterne chant, texte et danse.

Retrouver l’humanité enfin…

Comme chaque année les socialistes ont tenu au festival d’Avignon une journée de débat où intellectuels et professionnels du monde de la culture se confrontaient aux élus. L’actualité était marquée par la crise du parti socialiste avec ses difficultés de leadership, mais surtout par des difficultés de financement d’un grand nombre de projets culturels qui fragilisent leur avenir et précarisent des milliers d’emplois.

J’étais présente dans une matinée animée par Sylvie Robert responsable nationale socialiste à la culture, sur les liens entre culture et politique, avec Joêl Roman éditeur et essayiste,  Jean-Pierre Vincent metteur en scène,  Robert Cantarella qui dirige le nouveau lieu culturel du 104 à Paris et Patrick Bloche député de Paris adversaire acharné de la loi HADOPI. Les socialistes ont été interpellés avec force sur la nécessité de trouver un second souffle pour porter un projet culturel. Mais j’ai été surtout marquée par l’apostrophe de Jean Pierre Vincent. « Où sont les Manuel Valls et les Vincent Peillon ? Pourquoi cette nouvelle génération ne vient-elle plus à Avignon prendre le temps d’être surprise, subjuguée par la force d’une création ? Ne pas parler de la culture mais la vivre ». Comme un écho complémentaire le maire adjoint à la culture de Villeurbanne rappelait la tradition du TNP pour ajouter immédiatement « mais comment pourra-t-on garder la force de cette culture populaire face à des gens qui n’ont plus d’emploi, qui ne voient pas d’avenir à leurs enfants, qui oscillent entre révolte et résignation ? »

Pour moi qui me sens souvent partagée entre le monde de la politique et celui de la culture où j’exerce mon activité professionnelle, il était central de souligner combien le monde politique apparait dans ses valeurs et ses rythmes de plus en plus distant de celui de la culture. Loin de la profondeur, du temps de la création et du désintéressement, la politique impose réactivité, omniprésence, porosité, parfois complaisance. Et pourtant si tous ces leaders politiques se ressemblent n’est-ce pas qu’aucun d’entre eux ne prend le temps d’aller écouter, regarder, rêver, lire quelques heures chaque semaine pour prendre enfin cette épaisseur qui manque tant ? Retrouver l’humanité enfin… Et même si je sais que la culture est d’abord un instrument de liberté pourquoi ne pas introduire un peu de culture obligatoire dans le monde politique ? Que ce ne soient plus les attachés de presse qui préparent les déclarations sur le roman préféré, celui qu’on emporte sur une île déserte ou l’interprétation favorite de la 9e symphonie de Beethoven…


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