Nous voulons au contraire favoriser les cultures et les sports pour tous sur l’ensemble du territoire.
Proposition 76 : soutenir Lire la suite ‘Culture et sports pour tous’
Site de Campagne Législative de Lucile Schmid Circo9210
Nous voulons au contraire favoriser les cultures et les sports pour tous sur l’ensemble du territoire.
Proposition 76 : soutenir Lire la suite ‘Culture et sports pour tous’
Vous le trouverez ici.
Cette signature est conforme au programme départementale porté par l’ensemble des candidats Europe Écologie-Les Verts des Hauts-de-Seine. La proposition 88 du programme propose en effet:
“Pour une meilleure utilisation des fonds publics, soutenir l’usage des logiciels libres pour les applications informatiques départementales, notamment dans les collèges. Proposer les ordinateurs réformés aux associations du département.”
En 2008, dans Parité Circus, je revenais sur l’orientation que j’avais voulu donner à ma campagne législative de 2007.
L’orientation de ma campagne était sans ambiguïté: à l’opposé du positionnement d’André Santini. Mon programme, c’était le non-cumul intégral des mandats si j’étais élue députée, en insistant sur le renouvellement générationnel et l’accès des femmes aux responsabilités, l’accent mis sur mes compétences en matière de réforme de l’Etat et de finances publiques, d’immigration et de diversité. Comme à chaque campagne, certaines bonnes âmes me conseillèrent de ne pas dire que j’étais énarque et de dissimuler au mieux que mon port d’attache était au ministère des Finances. Comme chaque fois, je décidais d’assumer cette identité professionnelle. Je ne me suis tout de même pas forcée à faire l’ENA, avec une bourse et en y consacrant de longues années moroses de ma jeunesse, pour en avoir honte ensuite!
Après la fusion d’Europe écologie et des Verts à Lyon ce week-end et la création d’un nouveau mouvement de l’écologie politique deux messages ressortent :
Dans ce contexte, quel est l’enjeu de ces élections cantonales pour les candidats de notre mouvement? Que signifie pour moi être candidate Europe écologie-les verts sur le canton d’Issy Est ?
Ne nous trompons pas d’abord d’échelle. Il s’agit bien d’élire les conseillers généraux au niveau du département des Hauts de Seine, et non de faire un galop d’essai municipal. Il s’agit aussi de la dernière élection cantonale avant la réforme territoriale qui fusionnera les mandats de conseiller régional et de conseiller général. L’échelle territoriale à venir est celle d’un territoire où les décisions auront une portée nationale, voire européenne, surtout en Ile de France, surtout dans le département des Hauts de Seine dont le PIB est égal à celui de la Belgique.
Pour l’identité politique, nous devons donner chair à un positionnement qui ne doit surtout pas être le « ni, ni ». C’est en le déclinant en projet alternatif au projet départemental de l’actuelle majorité des Hauts de Seine que nous pourrons convaincre. Comme Eva Joly a pu le faire sur le budget et la fiscalité au niveau national, prenons le risque de proposer d’autres politiques pour notre département. Qu’il s’agisse du contenu (lutte contre les inégalités sociales et territoriales, transports, aménagement du territoire, équipement scolaire et logement…) ou de la méthode (démocratie, économie, débat politique…) nous pouvons faire autrement, et mieux. Nous devons faire une proposition ambitieuse et qui porte sur l’ensemble des sujets d’intervention du département. L’écologie politique est une pensée de la société, elle est une pensée de gouvernement, elle doit être visionnaire et gestionnaire;
L’ouverture du monde politique à d’autres profils que les profils traditionnels de ceux entrés en politique jeunes et qui par le jeu du cumul des mandats y restent leur vie durant, est souhaitée par de nombreux citoyens… Cette « déprofessionnalisation » est aussi la meilleure manière de faire changer le système. Lors de ma première campagne aux législatives à Issy en 2002 j’avais été « reprise » par un électeur après avoir parlé du « métier » de député. C’est vrai, aucun mandat n’est un métier. Mais beaucoup en font leur métier. Alors assumons d’avoir une profession (j’ai personnellement toujours choisi de concilier activité professionnelle et engagement) une famille et des amis, et de penser pouvoir être un élu sérieux et compétent. Ce serait déjà un programme révolutionnaire. Car aujourd’hui être élu c’est trop souvent d’abord faire de la présence, obéir aux pratiques d’appareil et attendre son tour. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour moi de faire de la morale mais d’affirmer clairement que trois questions préalables se posent pour un élu: au service de quel projet, pour quoi faire et avec quelles méthodes démocratiques ?
L’année dernière Merce Cunningham grand chorégraphe et grand danseur disparaissait. Il y a quelques jours le Théâtre de la ville donnait deux programmes reprenant ces œuvres dansées par la Merce Cunningham dance company. J’ai eu le bonheur d’assister à Roaratorio dont le point de départ est Finnegan’s Wake l’œuvre de James Joyce. La danse se déroule sur une œuvre musicale originale du compositeur John Cage.
Nous sommes emportés par le mouvement des corps, leur beauté, leur audace, leur agilité, leur capacité à danser collectivement. L’ombre du chorégraphe plane sur cette scène, ; cette tournée est celle que Merce Cunningham avait prévu dans son testament artistique, ultime hommage à un demi siècle de création, d’expressivité et d’épanouissement de la danse contemporaine.
Ces danseurs seront bientôt rendus à leur liberté, forts de leur savoir faire, de leur beauté, de leur rayonnement. Et ils continueront à incarner cette interrogation en forme d’appel de Merce Cunningham :
comment préserver la nécessité de rester ouvert devant une situation et ne pas décider à l’avance tout ce que vous êtes susceptible de faire ?
Rester ouvert au monde, ne pas se laisser aveugler par les contraintes, les impératifs, les urgences … c’est un luxe mais aussi un choix spirituel…. et politique ?
Retrouvez ma tribune du 25 juin 2010 parue dans le quotidien libération.
Comment imaginer un projet de gauche en période de crise profonde et de déficits publics, alors que les défis écologiques impliquent de modifier nos manières de produire et de penser le progrès ? C’est aujourd’hui le dilemme de la gauche de gouvernement. La question s’était déjà posée, sans être résolue, en 1983, au tournant de la rigueur. La recherche d’un nouveau modèle économique la rend plus aiguë et crée une nouvelle fois un écart entre vision et raison. C’est ce que reflète le projet politique mis sur la table par Pierre Moscovici au nom du Parti socialiste. S’il reconnaît la nécessité de passer à une autre vision, en intégrant l’écologie… il n’en décrit pas la réalisation. L’avenir apparaît si sombre qu’on n’ose le peindre en rose. Le projet national va-t-il se réduire à la conservation du triple A ?
Lire la suite sur le site de libération
article publié sur europe-ecologie.fr
J’ai décidé de rejoindre Europe écologie, en choisissant de démissionner de mes responsabilités au Laboratoire des idées du parti socialiste, après 10 ans passés dans ce parti. Pour deux raisons : le sentiment que la place des idées et les processus démocratiques de décision ne pouvaient changer au PS sans pression extérieure et concurrence à gauche, la conviction qu’Europe écologie donnait d’emblée au projet et au lien avec la société une importance qui n’existe pas dans les structures politiques traditionnelles.
Je souhaite exprimer ici quelques convictions par rapport à ce projet et aux échéances politiques françaises, et en priorité celles de 2012.
Pour moi, le projet d’Europe écologie c’est le retour en force des idées et d’une vision en politique. C’est une question centrale pour la vitalité de notre démocratie que la droite et la gauche de gouvernement ont systématiquement négligée, ou instrumentalisée depuis des années.
La destruction du lien entre politique et pensée du monde est au cœur du sarkozysme. La mise en scène d’une relation avec des intellectuels n’est qu’un moyen parmi d’autres d’occuper l’espace nu du pouvoir. De leur côté, entre passages au pouvoir et opposition, les socialistes n’ont pas réussi à construire un projet et une attitude cohérente. Quant à leur vision du monde, elle reste défensive, embarrassée par la difficulté à concevoir concrètement un modèle de transformation économique et sociale dans la mondialisation. Du coup, l’immédiateté et l’agitation tiennent lieu de temps politique pour l’ensemble des acteurs concernés (opposition, médias). La soi disant ouverture, qui se réduit à une séduction des hommes par l’ambition personnelle, a brouillé les repères ; les mots politiques n’ont plus de sens, annoncent ou cachent des politiques réactionnaires à droite, sont des slogans sans portée concrète à gauche. Le premier acte d’autonomie politique pour Europe écologie c’est de refuser ce raccourcissement du temps et cette vision strictement « occupationnelle » du pouvoir. C’est aussi de refuser une alternance reposant sur la personnalisation et un leadership sans véritable contenu programmatique.
Pour cela Europe écologie doit s’atteler en priorité à définir, faire comprendre et mettre en actes dès aujourd’hui, partout où cela est possible (régions, Parlement européen, groupes de pression associatifs…) son programme de transformation écologique de l’économie et de la société.
Ce qui l’emporte aujourd’hui dans la société française c’est une pensée segmentée, partielle de l’écologie. L’imaginaire politique fonctionne encore en donnant aux socialistes un droit de propriété intellectuelle sur le social -les inégalités, la question de l’emploi, la santé, les retraites-, certains sujets économiques – la reconversion industrielle, les finances publiques- et la gestion des territoires – les transports, une partie de l’éducation, la formation professionnelle et le développement économique. Cette idée reçue doit disparaître. Pour Europe écologie l’enjeu est double : 1) faire entendre que l’écologie est un projet global, 2) imaginer et organiser le passage à l’acte d’un changement de modèle.
Le mouvement des idées en France a traditionnellement plutôt mis l’accent sur les ruptures historiques que sur les transitions. Celles-ci ne sont souvent apparues et n’ont été interprétées qu’a posteriori. Il s’agit ici, au contraire, de les penser a priori dans l’ensemble de leurs composantes (savoirs, production, contenu de la croissance, urbanisme, relations entre le Nord et le Sud, rôle des acteurs publics/privés) et de commencer à les organiser en liant le temps long de la transformation avec celui de son passage à l’acte, celui de l’action politiqe.
Europe écologie doit être une utopie concrète, une utopie en actes, où l’exercice des responsabilités politiques se conjugue avec l’exemplarité des comportements et la curiosité du monde.
Lucile Schmid
On parle beaucoup depuis quelques mois de mécénat, de philanthropie d’entreprise, questions qui constituent mon quotidien professionnel.
Cela dans un contexte particulier : d’abord celui d’un désengagement de l’Etat qui tient aux options de la droite au pouvoir et à la crise des finances publiques qui l’accompagne (c’est un peu l’oeuf et la poule) ensuite les réflexions autour de l’économie et notamment de la nécessité de la sortir du court termisme alimentées par la crise. En 2003 la loi Aillagon sur le mécénat d’entreprise a d’ailleurs instauré un régime fiscal très favorable pour ces activités (notamment 60% de déduction fiscale sur les impôts payés en France).
Un contexte a priori très favorable donc à une évolution de l’engagement des entreprises en France vers des questions relevant de la cité : le social, la culture, le développement durable. Avec toutefois des interrogations (comme dans toute période de transition) qu’il faut affronter à mesure que ce mouvement se développe: Lire la suite ‘Philanthropie d’entreprise’
Cette semaine j’étais sur le pont professionnellement avec le lancement des Années croisées France/Russie 2010¹.
Le président russe Dimitri Medvedev était à Paris pendant 48 heures. Je retiens trois choses de sa visite : les interrogations sur la nature du pouvoir russe (ce président a-t-il du pouvoir par rapport à Vladimir Poutine son mentor, peut il donner au régime russe un tour plus libéral), les grands contrats économiques (on espère vendre des bateaux, on achète du gaz), et enfin la nature même de cette relation de la France avec la Russie, et au-delà de l’Europe avec la Russie. Sommes-nous proches, différents, irrémédiablement différents ? Cette Russie géographiquement si proche de l’Europe mais qui reste un mystère. En trois jours je n’ai jamais autant entendu de lieux communs sur l’âme slave, l’émotion, la force, la violence…
La Russie pousse à l’extrême des tensions et des contradictions qui existent toujours entre la realpolitique et les principes des droits de l’homme. Développer l’économie russe, les infrastructures, le système de santé, aura-t-il des effets sur la libéralisation politique? En d’autres temps, cette question avait été beaucoup posée à propos de la Chine. Aujourd’hui dans un pays où la crise économique a été particulièrement brutale l’urgence est pour des millions de Russes de conserver leur emploi, de donner un avenir à leurs enfants, de… tenir. Et la tentation existe pour ceux qui connaissent la Russie, y travaillent, y ont des attaches, de balayer d’un revers de main les interrogations sur les droits de l’homme, la démocratie etc.
Je pense que c’est une erreur. En effet comment imaginer avoir des relations dépourvues d’arrières pensées avec un pays si important, en mettant entre parenthèses la question du pouvoir ? Il ne s’agit pas de faire la leçon. Tout simplement d’évoquer l’ensemble des questions qui fondent un Etat. La dimension politique on le sait y participe au premier chef.
L’ouverture des Années croisées c’est aussi celle de l’exposition Sainte Russie au Louvre sur 10 siècles d’art religieux russe. C’est une plongée dans un monde artistique qui là encore nous est largement inconnu mais dont la beauté, les attaches byzantines, les représentations iconographiques sont une découverte rare. Et on y voit –comme pour les œuvres de la même époque en France et dans le reste de l’Europe- combien la religion est liée à l’art de la guerre et plus largement du pouvoir. Un vrai point commun.
¹ http://www.culturesfrance.com/russie
Certains s’en rappellent peut-être. Qu’est-ce qu’être un Français est le titre d’un livre remarquable de Patrick Weil publié il y a quelques années qui revenait sur les conditions d’accès à la nationalité en France à travers notre histoire.
Dans le contexte assez nauséabond qui existe aujourd’hui sur cette question, j’ai eu envie de rappeler qu’il était nécessaire de rester dans un débat digne. Depuis quelques jours en effet polémique et faux débat se multiplient à propos de l’identité nationale. Eric Besson, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, la majorité au pouvoir interrogent les Français sur leur vision de l’identité nationale. Face à cette démarche dont on sent bien qu’elle a été posée avec des arrières pensées –évidemment sur l’immigration, évidemment sur l’origine- les socialistes ont choisi de s’abstenir. Décision sage lorsque le débat part d’emblée sur la caricature.
Il reste que derrière le faux débat sur l’identité nationale, de vraies questions se posent. Lire la suite ‘Qu’est ce qu’être un Français?’
Je lis « les Rêves de mon père » de Barack Obama, comme sans doute des millions de personnes l’ont lu à travers le monde. Déjà cette pensée m’est agréable. C’est comme si je ressentais la possibilité d’une société mondiale et non plus seulement d’une économie mondialisée. Je sens aussi que c’est Obama qui a vraiment raconté son histoire. Elle est peut-être simplifiée, enjolivée. Mais c’est lui et pas « un nègre » (je n’avais jamais réalisé avant de lire ce livre à quel point cette expression était obscène..) qui l’a écrit. Pour moi le récit se centre vraiment autour d’une chose. Il choisit de transformer le fait d’être un Noir en identité politique. Pourtant il a peu connu son père qui est retourné au Kenya ; autour de lui les Noirs qui veulent réussir choisissent d’être du côté des Blancs. Mais aux rêves de son père se superpose au quotidien l’exemple de sa mère, son refus de s’installer dans un certain confort matériel et bien pensant. Alors il cesse d’être Barry pour devenir Barack Ce n’est pas son apparence physique qui lui fait choisir d’être Noir. C’est son dégoût de l’injustice. Et c’est sa mère qui lui a montré comment incarner les rêves de son père.
La loi sur la parité en politique a plusieurs années d’application. On connait le bilan : moins de 20% de femmes députées et sénateurs, très très peu de femmes présidentes de région et de départements, peu de femmes maires. Le nombre de femmes élues a fortement augmenté. Mais c’est une parité des seconds rôles. Comme d’ailleurs dans la vie économique. Combien de femmes dirigent des entreprises, quand le salaire des femmes égalera-t-il enfin celui des hommes ?
En politique la parité sur les scrutins de liste commence donc logiquement dans la très grande majorité des cas au numéro deux. Un homme, une femme, un homme, une femme etc…et non pas une femme, un homme, une femme, un homme…Cette vision de la parité a deux conséquences principales : la première est que symboliquement la politique reste le domaine des hommes, les femmes y sont par raccroc. On les voit moins, elles prennent moins de décision, parfois font un intérim. La deuxième est que cela peut entraîner un vrai différentiel entre le nombre d’élus hommes et le nombre d’élues femmes. Pour être élu il vaut mieux avoir le numéro 3 que le numéro 4 et ainsi de suite. Lire la suite ‘A quand une parité paritaire ?’
Lucile Schmid est conseillère régionale socialiste d’Ile de France et vice-présidente du Laboratoire des idées, un groupe de travail sur la rénovation du projet socialiste. Entretien.
PS :“Il faut concilier solidarité et émancipation individuelle”
par Alexis Kouteynikoff
Quel est le rôle de ce Laboratoire des idées auquel vous appartenez?
Le Laboratoire des idées s’inscrit dans une réflexion sur la doctrine socialiste à moyen terme. Il s’agit d’abord de clarifier les enjeux, d’identifier la nature exacte de la crise économique et écologique que nous vivons. Et ensuite, de définir le nouveau modèle de société que nous voulons, de produire du contenu idéologique qui irriguera notre projet. J’insiste sur le terme « idéologie », parce qu’il ne faut pas en avoir peur, nous en manquons. Les militants nous le rappellent d’ailleurs souvent.
De quelle manière procédez-vous ?
Il s’agit, en tant que politiques, de faire le lien entre les intellectuels, desquels nous nous sommes rapprochés ces derniers temps, et ce que j’appelle les « experts du quotidien » : des gens de tous horizons, qui ont des choses à dire, des expérimentations à raconter, des innovations à partager, qu’ils soient employés, travailleurs sociaux ou artistes. Lire la suite ’3 sept 2009 – témoignage chrétien – Entretien avec Alexis Kouteynikoff’
Pour joindre l’apostrophe à la réalité, j’ai profité de cette courte halte à Avignon pour aller assister à une trilogie théâtrale de l’auteur Jan Lauwers avec la Needcompany. Une trilogie qui s’appelle Sad face/Happy face. Trois pièces pour raconter toujours l’homme face à sa condition. Autour de l’histoire d’Isabella d’abord – la pièces s’appelle la chambre d’Isabella- dont la vie emprunte le chemin de tous les grands traumatismes du XXe siècle, qui pendant 60 ans rêvera d’aller en Afrique mais n’y restera que 6 heures 40 minutes, qui sera orpheline, amante, collectionneuse, saura écrire l’histoire de son point de vue et sera beaucoup plus libre à 90 ans qu’à 20. Les deux pièces suivantes, moins linéaires entremêlent les mêmes thèmes à des questions d‘actualité ultra sensibles : le clonage, la mort d’un jeune enfant, l’inhumanité de cette guerre européenne qu’a été le conflit du Kosovo, la fin du lien entre générations.
Après plus de 6 heures de spectacle j’étais complètement bouleversée. Surtout par la dernière pièce de la trilogie, « la maison des cerfs ». Elle décrit une famille tentant désespérément de se préserver de la guerre au Kosovo, rattrapée par cette violence venue d’ailleurs qui comme une gangrène se métamorphose en une violence meurtrière au sein même de la famille. Il n’y a pas d’issue individuelle à la violence. C’est une responsabilité collective que de lutter contre elle. L’horreur du monde se dévoile avec une cruauté sans nom dans ce texte magnifique qui évoque naturellement la tragédie grecque. Il ne s’agit plus de théâtre à proprement parler. Les chants, la danse, les changements de registre –notamment de langue puisque le spectacle se déroule en français, en anglais et en flamand- sont permanents. C’est une tragédie universelle, mondialisée dans toute la beauté de cette juxtaposition d’art et de culture. La langue française est enrichie par sa proximité avec l’anglais ou le flamand puisque chaque acteur jongle avec les trois comme il alterne chant, texte et danse.
Comme chaque année les socialistes ont tenu au festival d’Avignon une journée de débat où intellectuels et professionnels du monde de la culture se confrontaient aux élus. L’actualité était marquée par la crise du parti socialiste avec ses difficultés de leadership, mais surtout par des difficultés de financement d’un grand nombre de projets culturels qui fragilisent leur avenir et précarisent des milliers d’emplois.
J’étais présente dans une matinée animée par Sylvie Robert responsable nationale socialiste à la culture, sur les liens entre culture et politique, avec Joêl Roman éditeur et essayiste, Jean-Pierre Vincent metteur en scène, Robert Cantarella qui dirige le nouveau lieu culturel du 104 à Paris et Patrick Bloche député de Paris adversaire acharné de la loi HADOPI. Les socialistes ont été interpellés avec force sur la nécessité de trouver un second souffle pour porter un projet culturel. Mais j’ai été surtout marquée par l’apostrophe de Jean Pierre Vincent. « Où sont les Manuel Valls et les Vincent Peillon ? Pourquoi cette nouvelle génération ne vient-elle plus à Avignon prendre le temps d’être surprise, subjuguée par la force d’une création ? Ne pas parler de la culture mais la vivre ». Comme un écho complémentaire le maire adjoint à la culture de Villeurbanne rappelait la tradition du TNP pour ajouter immédiatement « mais comment pourra-t-on garder la force de cette culture populaire face à des gens qui n’ont plus d’emploi, qui ne voient pas d’avenir à leurs enfants, qui oscillent entre révolte et résignation ? »
Pour moi qui me sens souvent partagée entre le monde de la politique et celui de la culture où j’exerce mon activité professionnelle, il était central de souligner combien le monde politique apparait dans ses valeurs et ses rythmes de plus en plus distant de celui de la culture. Loin de la profondeur, du temps de la création et du désintéressement, la politique impose réactivité, omniprésence, porosité, parfois complaisance. Et pourtant si tous ces leaders politiques se ressemblent n’est-ce pas qu’aucun d’entre eux ne prend le temps d’aller écouter, regarder, rêver, lire quelques heures chaque semaine pour prendre enfin cette épaisseur qui manque tant ? Retrouver l’humanité enfin… Et même si je sais que la culture est d’abord un instrument de liberté pourquoi ne pas introduire un peu de culture obligatoire dans le monde politique ? Que ce ne soient plus les attachés de presse qui préparent les déclarations sur le roman préféré, celui qu’on emporte sur une île déserte ou l’interprétation favorite de la 9e symphonie de Beethoven…